Le blues de la Mamita

Je suis en France depuis près d’un mois et il est de temps de le dire tout net: la « mamita » et son alter ego masuclin, le « papacho », me manquent cruellement. Qui sont-ils? L’âme des villes péruviennes: des ambulants qui surgissent aux endroits et aux heures les plus improbables pour devancer vos désirs.

Si Lima, la capitale, les relèguent dans l’ombre, ils occupent le devant de la scène partout ailleurs.  Voulait-elle faire cela quand « elle serait grande »? J’en doute mais, en attendant, je lui dis MERCI.

Elle déballe ses casseroles sur la place du village pour servir ce qu’elle a cuisiné au petit matin: du riz et des légumes, des spaghettis sautées, des pommes de terre et un oeuf dur…

Elle se lève dans la nuit pour vous cueillir au saut du bus avec son maté brûlant, une tisane de feuilles de coca, de menthe, d’anis servie avec du pain et du fromage.

Elle rentre dans les bars et attend sagement à la sortie des boîtes de nuit quand la ville dort, cigarettes et chewing-gum en bandoulière.

Elle grimpe à l’assaut des bus avec ses sandwichs au poulet ou ses épis de maïs chauds et son fromage. Et si on ne la laisse pas grimper vous tend une bouteille d’eau ou de soda par la fenêtre et ne laissera jamais le bus repartir sans vous rendre scrupuleusement la monnaie.

Elle est postée au coin des rues, portable autour du cou, pour ceux qui veulent communiquer sur un autre opérateur, qui ont laissé leur portable à la maison ou n’ont pas assez pour une recharge.

Parfois la « mamita » et le « papacho » sont des enfants aux yeux noirs perçants ou des vieux chancellants et vous achetez un paquet de bonbons ou de pop-corn rassis sans savoir très bien par où commencer pour faire plus.

A quelle heure se lève-t-elle? Où vit-elle? Dans quelles conditions? La « mamita », fière, ne dira pas grand chose. C’est une femme de l’ombre qui surgit sans que vous l’ayez vu venir et s’y noie à nouveau. Elle continue, marche droit devant. « Seguir adelante », ce mot si cher aux péruviens: se relever et avancer. Ni pour s’abriter ou se projeter mais pour vivre.

Quand la « mamita » aura disparu des rues péruviennes, espérons que c’est parce qu’elle aura trouvé sa place dans une société qui la rudoie. Elle est sanitairement risquée, un peu plus chère et donne une image négligée de la rue qui ne plaît pas à un pays en quête de modernité. Je souhaite à la « mamita » de trouver un métier, une sécurité, un espace pour se poser et penser à demain plutôt qu’aujourd’hui. En attendant elle est le rouage, le sel de la rue, la vie. Et méritait bien ces quelques lignes.

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Commentaires

vaness'
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Trés bel article trés émouvant. Un bel hommage.

Bisous au passage. :)

Christelle BITTNER
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Merci. J'ai essayé de faire passer mes émotions en effet.

Julie
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Je confirme... Très émouvant en effet... Quelques frissons d'ailleurs... Merci! N'arrête pas d'ecrire surtout! bisou!

Christelle BITTNER
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Merci la belle... je suis le mot d'ordre!