Christelle BITTNER

Pérou Chat Addict

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Une amie journaliste pour Le Monde, ici à Lima, raconte dans  » Pérou: Ombres et Lumières » (éd. Toute Latitude), une anecdote probante sur les nouvelles technologies. « Dans certains quartiers, souligne-t-elle, on bricole deux fils à toute force pour avoir Internet alors que l’eau courante n’a toujours  pas été installée. » C’est qu’ici il y a des priorités.

Au Pérou, l’usage d’Internet ne fait pas de plis et réponds à deux objectifs uniques: les jeux de guerre en ligne et les réseaux sociaux. Quand on entre dans une « Cabina », un Internet Café, il y a les petits jeunes qui s’interpellent de machine en machine pour savoir si « tu es bien rentré dans la salle Truc?… Attends je te rejoins au carrefour Machin, waouh t’as vu comment je l’ai explosé… » et les autres, silencieux, acharnés, frénétiques du clavier, qui chattent.

La chaleur monte. Il y a 20 ordinateurs dans 10m2 d’espace. La chaise menace de s’effondrer, les touches n’ont plus toutes leurs lettres, mais rien ne fera faiblir l’usager de la Cabina. Jusqu’à la dernière goutte il profitera du quart d’heure, de la demi-heure, de l’heure pour laquelle il s’est inscrit en implorant « quinze minutos mas por favor »… Le monde s’est arrêté. N’existent plus que les fenêtres qui s’ouvrent péniblement les unes à côté des autres, les zumb, les « jajajaja » et les abréviations qui naissent sous ses doigts.

Biensûr ici aussi il y a pléthore de Réseaux sociaux (y compris Hi5 dont je n’avais jamais entendu parler avant et qui fait concurrence à Facebook…), il y a même pour les journaux ou événements spéciaux une nouvelle fonction de « Coordinateur de Réseaux Sociaux », mais, si j’en crois mes voisins ou amis, Messenger n’a toujours pas été détrôné. Quand on ouvre sa session Windows, le Messenger vous demande automatiquement de vous connecter et la plupart ne savent peu de servir d’un moteur de recherche ou d’autres comptes comme gmail. Windows est roi, Hotmail prince, et Messenger souverain, au Royaume des Fils de l’Inca. Et si vous voyagez dans le pays, on vous demandera forcément ce sésame pour rester en contact. C’est d’ailleurs à cause des gringos (les petits Blancs) et leur goût pour les innovations médias que la plupart des péruviens ont aujourd’hui aussi leur Facebook. Les potes péruviens sur MSN. Les internationaux sur Facebook. Il faut bien s’adapter.

Petite maligne que je suis, j’ai souvent laissé traîner un oeil derrière ces chatteurs invétérés ou glissé un languissant « qu’est ce que tu fais???? ». Je n’ai jamais rien pu obtenir de ces investigations  pourtant menées si discrètement car, au fond, il ne se dit pas grand chose dans ces conversations à claviers rompus. Dialogue type: « hola, où es-tu, tu fais quoi, super, jajajaja, moi aussi, oui, top, jajajaja… nos vemos, chau chau chau… » Sachant, pour nos lecteurs non-péruviens, que « jajajajaja » est une onomatopée pour dire « hé hé, cool, ah ah… » Il se murmure néanmoins que MSN brise des couples et en forment d’autres. On se laisse si facilement prendre au jeu de la séduction quand elle est sans conséquence.s Et quand il est question de conter fleurette les Péruviens ne sont pas les derniers. C’est rarement suivi d’effets. Juste le piment de quelques mots coquins échangés pour se sentir Conquistador.

Les conversations se croisent, les blagues aussi, on ajoute des contacts à la pelle pour en arriver à des listes de plus de 500 amis, un petit bonhomme jaune vrombrissant par ci, un mort de rire par là…Prescripteur? Fédérateur? Mobilisateur? J’aimerais le penser mais, à bien y regarder, j’ai surtout l’impression que, ici comme ailleurs, on collectionne les profils et les amis pour se sentir moins seul.


Un poco du Perou dans tes oreilles .5

Le top 15 de ce qui fait danser les péruviens dans les discos dont je vous parlais ici.

On les entend en boìte, dans les combis (les mini bus qui parcourent la ville), dans les magasins, grace à la radio du voisin… Bref on n échappe pas à ces 15 tubes là.

 Chaque mercedi et chaque samedi, un nouveau hit local.

Numero Cinco: Luis Enrique et son refrain sirupeux, nous collent à l oreille.  Il nous vient du Nicaragua, défend la salsa et la bacchata et est le concurrent de Ricky Martin. Son  » Yo no se manana » est une de ces chansons qu on se retrouve à siffloter sans qu elle ne vous sorte plus de la tete.

[youtube OmA93Xi-BCU]


Voyage en Bus

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Le bus c’est le premier pas du voyage et, au Pérou, le début du dépaysement. S’y succèdent vendeurs à la sauvette, prêcheurs, chantres des médecines naturelles et vidéos de Bruce Lee. Une aventure en soi.

Hier soir, je prenais le bus pour Lima, il était 22h, j’avais bien pensé à la bouteille d’eau mais avais oublié les précieux chewing-gums à mastiquer au moment où le bus s’élève vers les cimes à 4000 mètres d’altitude avant de redescendre vers la Côte et la trépidante Lima. Je cherchais du coin de l’oeil, personne à l’horizon. Puis elles sont arrivées, avec le même exact retard que le bus, les précieuses « mamitas » et leurs douceurs à la sauvette. Elles n’avaient pas loupé le rendez-vous, comme chaque soir, pour vendre quelques soles aux étourdis, qui à force de s’habituer à leur présence, se contente ntd’attraper leur sac à la dernière seconde. Tout le reste, ils le trouveront sur place.

Il faut dire que hormis quelques entreprises de transport de luxe et malgré que leurs allées et venues soient de plus en plus contrôlées, les vendeurs à la sauvette, montent et descendent des bus, rythment le voyage et que sans eux, quelque chose de l’essence du lieu ne serait plus pareil.

Ils grimpent avec tout ce que vous pourriez avoir envie ou besoin. Parfois des brosses à dent de poche et leur lots promotionnels incluant une mini-trousse de toilette, des sandwichs au poulet dans lequel on ajoute les sauces à votre convenance à même le bus, le maïs encore fumant et son petit morceau de fromage (le fameux « choclo con queso », un plat en soi ici), les pâtisseries locales comme le « turron »  (deux gaufrettes garnies de manjar blanco, une pâte proche du caramel, et de sa compote de pommes) sur la Côte, des grains de raisins bien alignés dans leur pochette plastique, des cacahuètes grillées, des bananes séchées et salées, des chocolats, des glaces, des boissons gazeuses et les traditionnels « eau de pomme », « eau de fruits de la passion », « eau de menthe »… N’en jetez plus. Vous pouvez passer par quantité de voyages culinaires plus ou moins exotiques, surprenants ou ranses au fil des heures, des paysages et des régions que votre bus traverse.

Si vous n’êtes pas en appétit, ne vous en faites pas, le grand prêcheur des médecines naturelles est là pour remédier à vos tracas. Sans oublier de saluer Dieu, créateur de toutes choses et protecteur du voyage, il vient vous délivrer des maux tapis au fond de vous, de vos maux les plus intimes que quelques concentrés de plantes guériront avant qu’ils ne deviennent un poids quotidien. Lors d’un voyage, je me rappelle très bien cet apôtre d’un traitement miracle contre les fuites urinaires, les pertes qui salissent les petites culottes des dames et les problèmes de performance des messieurs. Il exposait en détails les pires atrocités avec force descrition, couleurs et odeurs. Quand il en est venu à mimer le touché rectal qui menaçait les hommes peu attentifs à leur prostate, j’ai commencé à m’alarmer face au nombre de chastes oreilles mineures qui écoutaient. Mais j’étais bien la seule. Au final, tout cela est sans nul doute une forme d’éducation. La foule est collée à ses lèvres, il commence un petit jeu avec deux-trois questions faciles pour faire gagner des échantillons.  Le reste, il le vendra en une bouchée à coups de « il ne m’en reste plus que 5, que 3, que 1″… Les portes-monnaies s’ouvrent, les mains se tendent. Pour la qualité du spectacle ou échapper aux antres de l’enfer, nous ne le serons jamais.

Après tant d’aventures, le repos est à l’horizon, les lumières s’éteignent, votre voisin commence à ronfloter doucement, le bus tremblote et… la télévision se met en marche. A plein volume.

Votre voisin soulève une paupière, son oeil frétillle: est apparu sur l’écran l’inusable compagnon des voyages en bus, la réference cinématographique locale incontournable, Bruce Lee  et ses « haaaaan », « hiiiiiii », « pang »,  « pffffff »…

Vous enfoncez vos bouchons d’oreilles en vous disant que les différences culturelles ne sont pas uniquement une longue suite d’enchantements. Vous en seriez presque à battre le rappel plus d’histoires de fuites urinaires. Trop tard.


Un poco du Perou dans tes oreilles .4

Le top 15 de ce qui fait danser les péruviens dans les discos dont je vous parlais ici.

On les entend en boìte, dans les combis (les mini bus qui parcourent la ville), dans les magasins, grace à la radio du voisin… Bref on n échappe pas à ces 15 tubes là.

 Chaque mercedi et chaque samedi, un nouveau hit local.

Numero Quatro : Boum, boum, boum, la house popisante prend peu à peu le dessus, en anglais s’il vous plaìt.  » I know you want me » de Pittbull, cubano-américian et premier empereur bling bling de notre sélection. En prime, comme la vidéo officielle n’est pas « collable », les poses d’une juene demoiselle que le maestro inspire.


Yo soy de la calle

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Je suis repartie sur les routes du Pérou et ça m’a donné l’occasion de tomber à nouveau amoureuse du pays et de toutes ses facettes. Une de celles dont j’avais oublié de vous parler c’est la rue. La rue a une vie à elle, des artistes, des vendeurs, une économie informelle qui gravite tout autour. La vie est la rue. La rue est la vie. Et je ne me lasse jamais d’observer toutes les histoires qu’elle a à raconter. 

 

 

Le soir tombe sur Mancora, la station balnéaire de référence au Pérou. Les vagues lèchent le sable doré, les pas se languissent sur la promenade, le vent souffle, le ciel rougeoie… A quelques mètres ou « cuadras » comme on dit ici, sur la promenade, la rue jusque là au ralenti sous les bouffées de chaleur se réveille. Les premiers sont les artisans, péruviens, argentins, colombiens, qui vendent leurs créations et bijoux à même le sol ou sur des tables louées pour quelques heures à un vieux du village. Toute la soirée ils vont séduire et vendre au bâgout, « enamorate de algo princessa! », bagues, boucles, bracelets et tresser dans les cheveux des belles de plage des motifs colorés. A leurs côtés, s’installent les vendeurs de « papa rellena » (pomme de terre reconstituée fourrée), de maïs, de brochettes, de glaces, de pastèque à la coupe, le vendeur de cigarettes et chewing-gum à la sauvette. Et l’inimitable mamita, une cuisinière hors pair, qui débarque avec sa gamelle et vendra le tout rapidement. Un plat peu cher et ravigorant, le mot et les odeurs passent.

En face, un petit colisée où le clow au nez rouge et complet à bretelles débute son premier numéro. Toute la journée l’autre clown, premier du genre, un gras garçon deux ballons gonflables sous les fesses et deux sur la poitrine, drapé dans son paréo à fleurs, a épuisé rues et plages à vendre des chewings-gums. Il a bien gagné une nuit de sommeil et laisse la place à ceux qui ont des tours dans leurs sacs, des échasses aux pieds et jonglent dessinant des trainées de couleurs dans le noir de la nuit. Les « malabaristas » d’ordinaire jonglent partout dans les villes, au coin des rues, le temps d’un peu de poésie au feu rouge. Ils sont l’une des caractéristiques latinos: des artistes des rues, qui grandissent et se développent à même le bitume. Le petit colisée est une scène privilégiée aux heures d’été. Les enfants s’attroupent. Les « malabaristas » enjambent un vélo immense et se mettent  à tournoyer. Le temps s’arrête.

Les suivront une troupe de « comicos ambulantes », un vrai succès d’audience au Pérou. Un groupe, des déguisments de filles, quelques perruques, et beaucoup de répartie. Les blagues fusent. On se moque du voisin. On parodie une chanson du répertoire local inépuisable des coeurs brisés et accès de jalousie, en se trémoussant, le public rit. Pour vivre ils vendent leurs dvd, des gaufrettes au chocolat et font passer le chapeau. Les gens donnent par peur d’une mauvaise blague et pour que la nuit ne s’arrête pas. Ils attendent la parodie finale où une jolie demoiselle du public servira d’assistante. « Nous les péruviens, on est très moutons. Il faut qu’on ne loupe rien et d’où vient le bruit il faut qu’on y soit, alors ce qu’on va faire, c’est applaudir en rythme et faire semblant qu’une super fille se trémousse au centre… » La foule joue le jeu, grossit, et le show reprend.

Plus loin un groupe s’est formé: guitare, quena (la flûte andine), cajon (tambour de percussion afro-péruvien). Impros et folklore réchauffent la nuit qui avance. Les flics municipaux, rabats-joie de la fête, observe le tout de loin. Dans le colisée deux brésiliens en profitent pour faire une démonstration de capoeira aux quelques noctambules.

Il reste deux brochettes sur le feu. Les artisans replient les tables, rangent les bijoux et partent dîner près du marché. Ils sont tous voisins, hébergés dans des petits hôtels peu chers dont ils se donnentles noms comme des secrets bien gardés. Les boîtes montent le son. La deuxième partie de la nuit commence. La rue se tait pour quelques heures.


Un poco du Pérou dans tes oreilles .3

Le top 15 de ce qui fait danser les péruviens dans les discos dont je vous parlais ici.

On les entend en boìte, dans les combis (les mini bus qui parcourent la ville), dans les magasins, grace à la radio du voisin… Bref on n échappe pas à ces 15 tubes là.

Chaque mercedi et chaque samedi, un nouveau hit local.

Numero Tres :  » Amor » de Erick Elera. Acteur d une telenovela locale qui cartonne  » Al fondo hay sitio », ses tubes servent de bande-son à la série: succès assuré. Pas salsisants, jupes qui tournent et forcèment coeurs chavirés.

[youtube OxmY54bg9n4]


Un poco du Perou dans tes oreilles .2

Le top 15 de ce qui fait danser les péruviens dans les discos dont je vous parlais ici.

On les entend en boìte, dans les combis (les mini bus qui parcourent la ville), dans les magasins, grace à la radio du voisin… Bref on n échappe pas à ces 15 tubes là.

 Chaque mercedi et chaque samedi, un nouveau hit local.

Numero Dos: la cumbia des rois locaux Hermanos Yaipen qui, avec Grupo 5, se partagent le coeur des péruviens. « Necessito un amor ».


Un poco du Pérou dans tes oreilles .1

Le top 15 de ce qui fait danser les péruviens dans les discos dont je vous parlais ici.

On les entend en boîte, dans les combis (les mini bus qui parcourent la ville), dans les magasins, grâce à la radio du voisin… Bref on n échappe pas à ces 15 tubes là.

Chaque mercredi et chaque samedi, un nouveau hit local.

Numero Uno : la balade romantique dont on ne se lasse toujours pas… Lancée en 2008  » Colgando en tus manos » de Carlos Bante et Marta Sanches s écoute encore, au minimum une fois par jour. Longévité espagno-venezuelienne…

[youtube qExd-3oCTl4]

Je sais qu on est mardi mais mon Top 15 a une semaine de retard a cause des problemes liés a l utilisation de la Vidéo… Je celèbre donc, rdv Samedi pour le n 2…


Lima La Moderne

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Il fut un temps où l on parlait de « Lima l horrible », aujourd hui la capitale péruvienne a changé de visage : grattes-ciels de verre, façades refaites à neuf, jets d eau, jeux de lumière et ultime nouveauté, le Metropolitano, un bus qui file à travers la ville snobant les bouchons.

Au premier abord Lima n est pas belle et aux yeux du touriste qui vient au Pérou pour s enivrer des sommets du Macchu Picchu et des vents du Titicaca elle trouve rarement grâce. Polluée, embouteillée, tentaculaire, parfois violente, elle traìnait depuis longtemps une très mauvaise réputation. Les Péruviens eux-mêmes n y mettaient les pieds que par obligation économique ou administrative. Les Liméniens, beaucoup arrivés là à l époque du terrorisme, le sont devenus par force se sentant là un peu plus en sécurité qu ailleurs, le reste importait peu.

Mais aujourd hui que ce soit les liméniens de souche, les provinciaux adoptés ou même les expatriés, tous relèvent le torse, fiers. Lima a changé. Lima a gardé son centre historique et son quartier bohême parsemés de façades coloniales mais elles ont été réhabilitées et repeintes. Les rues se sont sécurisées avec le retour des habitants dans ces quartiers autrefois dangereux. Barranco, authentique et branchée, est devenue le repaire des artistes et bobos, signe qui ne trompe pas. Lima a vu poussé d immenses gratte-ciels regardant vers la mer et parés de lumière qui illuminent la nuit dans le très chic Miraflores. Lima a bordé ses plages d une ceinture verte, elle qui avait presque oublié qu elle était aussi une ville balnéaire.

Lima s est embellie. Elle resplendit et, sous le soleil d été (car, ici, les saisons sont inversées), cumulent les symboles de réussite et modernité comme les bourgeoises les perles à leur collier. Les filles défilent, les lunettes sont lookées, les 4×4 teintés, les téléphones dernier cris dégainés, les boutiques léchées, les terrasses bondées… Lima est bling bling comme tout nouveau riche. Mais avec un tel enthousiasme qu on ne peut pas s empêcher de sourire.

Evidemment ces quartiers chics et leurs marchés bios ne sont qu une minorité mais l embellisement, lui, est général. Lima sera moderne ou ne sera pas. Dernier en date, le Metropolitano vient à son tour contrarier les touristes avides d authentisme et ravir des citadins au bord du « transport breakdown ». Jusqu ici pour traverser la ville, il y avait le choix entre le taxi ou les combis. Le premier coùte entre 2 et 5 euros la course, le second 50 centimes. Le combi ce sont des petites camionnettes type Wolkswagen avec des crieurs annonçant les arrêts, des siéges éliminés, des passagers en sueur, des voies embouteillées qui se débouchent à coups de klaxon. Le plus? Si vous avez annoncé au crieur où vous descendiez comptant sur sdon aptitude à dominer le chaos et que vous vous endormez, il vous réveille d une tape sur l epaule. Le plus? C est populaire et l on engage la conversation facilement avec son voisin. Le plus? Ce n est pas comme chez nous.

Le petit nouveau, lui, est équipé de cartes magnétiques, tourniquets automatiques, portes vitrées coulissantes, sièges en plastique désignés, écrans qui annonçent les stations, petite musique d ascenseur… Aseptisé diront certains mais deux à trois fois plus rapide que le combi, que le taxi aussi aux heures de pointe. Une petite révolution qui doit se poursuivre sur d autres tronçons et s accompagner d un train électrique. Aux usagers qui ont enfin de la place pour s asseoir et y gagnent jusqu à une heure de temps de trajet, les crieurs et les sièges élimés ne manqueront pas.

Il y a encore un an j aurais dédaigné cette soif de vitesse, de lumières, de façades qui transforment peu à peu chaque capitale en un clone de l autre, comme j avais écrit sur la fièvre du shopping qui gagnait peu à peu toutes les couches et provinces. Mais j ai appris à connaître l orgueil péruvien et sais que plus que de soumettre il s agit de faire cohabiter, j ai appris ce que coûte l absence de modernité quand elle est quotidienne, et, surtout, je me sens fiers pour eux quand ils vous promènent, les yeux un peu ébahis, et murmurent « c est beau quand même… Dire qu il y a 20 ans ici éclataient des attentats n importe quand ».


Slip ou caleçon?

Le Péruvien a choisi. Le modèle kangourou grand confort avec sa petite poche devant fait toujours recette ici. Et celui la est jaune car cela porte bonheur en cette année nouvelle. Lisez ces lignes vous en saurez bien plus sur les dessous du Pérou.

C est sur les hauteurs de Lima, occupée à dépendre la lessive dans le quartier à la fois clame et branché de San Borja que me sont venues ces lignes… Je venais de lire celles de Ouédraogo sur les « soutiens-gorges yougou yougou », alléchées par la poésie du nom, et pliais pensivement tee-shirts après tee-shirts quand j ai compris ce qui me trottait derrière la tête: les slips kangourous du propriétaire des lieux. Tous sans exceptions étaient ces larges et confortables slips à la papa usés et bienheureux des services rendus.

Cela m a rappelé mes débuts perplexes face à la garde-robe intime péruvienne. En tant que parisienne, j avais l habitude des boxers, ces mini shorts moulants auxquels la mode a soumis nos métrosexuels de conjoints. Les slips c était à la rigueur pour le sport ou signe d un certain manque de classe. Les slips à la papa portent ce nom car ils sont d une autre génération, celle de mon père voire de mon grand-père. Mais, ici, quand un Appolon se désape, il arbore fièrement le kangourou en coton, de couleur unie, que les générations précédentes portaient avant lui et qui n est jamais passé de mode. Le premier, ça m avait fait sourire… Depuis j inspecte les cordes à linge qui exposent l intimite de tous au regard des petites curieuses et je confirme: le kangourou a la côte.

Ajoutons à cela le compagnon de toujours qui, lui, est bel et bien en perte de terrain, mais résiste héroïquement: le marcel blanc. Car, oui, le marcel blanc, ici, est porté sous la chemise blanche comme il se doit et sans complexes. Dans la jungle où je vis il est porté comme tee-shirt : explosion des codes, libération des moeurs.

Je me moque mais tout cela est l héritage de générations de traditions sous-vestimentaires. Et meme si la mode évolue, dans sa grande majorité, l Appolon péruvien, mes demoiselles, se présentera à vous en kangourou et marcel. Je vous rassure, on s habitue.

Bien, cette épineuse question du slip ou caleçon étant réglée passons au rayon féminin. Je ne me risquerai pas aux mêmes généralités car avec les différences culturelles, climatiques et l étendue du choix des dessous nous y passerions des heures. Contons donc juste la réalité que nous avons sous les yeux. Ici dans la selva, les filles, dans leur majorité, se baignent à la piscine en petit short et maillot moulant. Pudeur? Tradition? Sûrement les deux. La seule fois où j ai vu un flamboyant string rouge entrer dans l eau il appartenait sans se méprendre à une paire de fesses liméniennes, de la capitale donc branchées.

Cependant, dans l intimité, la chair se dévoile. Dans l unique magasin de lingerie de Pichanaki, à l angle de la Place Principale, signe qui ne trompe pas sur sa prospérité, on ose. J y suis allée avec une amie française à la recherche d un string (el « hilo », le « fil » comme on dit ici), pensant que les culottes en coton XXL ou aux petits dessins naïfs seraient tout ce qu elle trouverait. Erreur, j avais jugé trop vite. Non seulement la vendeuse a déballé toute une collection de strings mais nous a aussi présenté le modèle qui fait fureur selon elle: une petite culotte de dentelle noire ouverte entre les jambes. A Paris je n en avais vu que dans les sex-shops, ici elles sont en vente dans l honorable magasin du coin de la Place Principale. Je vous laisse établir vos conclusions.

Le décolleté n est pas en reste et, comme il fait chaud, pigeonne la nuit tombée sur les pistes de danse. Bretelles scintillantes, coques, découpes alléchantes… la chair, ici, met en appétit. De jour ou dans les plantations, il faut que ce soit sobre et pratique, mais, la nuit, toutes les folies sont permises. Et si le modèle n existe pas à l honorable magasin du coin de la Place Principale on le commande via les catalogues Avon qui se passent de mains en mains jusqu à être cornés par l usure.

Que leurs Beaux soient en kangourou et marcel n arrête pas les coquettes. Et quelque chose me dit que cette avidité de mode et de sexy va bientôt sonner pour le macho péruvien (qui comme chacun le sait est, au final, aux ordres de sa femme) la mort de son précieux kangourou et l entrée dans l ère globalisée du métrosexuel. Heureusement vous, vous saurez ce qu il en était.